Raymond Poirier Publié le 9 février 2017 par | Mis à jour à 19:03

Agrandissement du Port de Québec : tour d’horizon en fin de période de consultation publique

2015-07-14-port-ml-03-625x352Le débat autour du projet d’agrandissement du Port de Québec était bien présent dans l’actualité au fil des dernières semaines. Après deux séances de consultation publique, les citoyens ou groupes intéressés ont jusqu’à ce vendredi pour se faire entendre auprès de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale.

Les inquiétudes des citoyens et citoyennes de Québec sont bien palpables et présentes – et les séances publiques des 1er et 2 février derniers l’ont bien démontré.

Tel que l’avait alors relayé Le Soleil, les représentants de l’agence fédérale et de l’Administration portuaire de Québec ont fait face à une salle comble, au fil d’une soirée tendue où, sur les quelque 200 citoyens présents, une quinzaine ont pu faire connaître leurs préoccupations.

Tour à tour, ceux-ci se sont fait entendre, formulant des inquiétudes quant à l’augmentation du trafic ferroviaire, à l’impact des infrastructures sur les usages de la Baie de Beauport, ou encore sur les manques perçus quant à l’étude environnementale proposée par le Port.

Opposition de Démocratie Québec

2015-07-03-port-ml-02Ces préoccupations citoyennes ont trouvé leur écho dans une récente sortie de Démocratie Québec. En effet, dans un communiqué de presse envoyé ce jeudi, l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Québec refuse le projet d’agrandissement dans sa forme actuelle :

Nous ne pouvons donner notre aval au projet d’agrandissement du port de Québec tel que présenté. L’étude d’impact environnemental n’a pas fait la démonstration que tout sera mis en œuvre pour assurer que les risques et les impacts sur la population soient les plus minimes possible. Pour nous, il est impératif que les citoyens de la ville et leur qualité de vie soient au cœur de toutes les décisions prises sur notre territoire », déclare ainsi la chef du parti, Anne Guérette.

Pour la formation politique, l’étude environnementale réalisée par le Port de Québec demeure incomplète, alors que plusieurs inquiétudes des citoyens demeurent toujours sans réponse – dans la continuité, par ailleurs, des préoccupations formulées lors des consultations publiques du début février.

Les normes de qualité de l’air sont déjà dépassées, sans que des mesures concrètes soient conçues pour corriger la situation. L’étude reste muette sur le transport de matières dangereuses qui augmentera inévitablement. En ce qui concerne la Baie de Beauport, le projet de l’Administration portuaire laisse planer un doute sur la pérennité des activités récréotouristiques », ajoutait le conseiller Paul Shoiry.

La communauté d’affaires appuie le projet

2015-08-07-port-ml-02De son côté, la communauté d’affaires a profité des récents débats publics afin de renouveler son appui envers Beauport 2020.

Après l’appui des chambres de commerce de Québec et Lévis, la Société de développement économique du Saint-Laurent (SODES) apportait elle aussi son soutien à l’initiative le 26 janvier dernier, par voie de communiqué.

Dans celui-ci, l’organisation saluait notamment la « démarche rigoureuse » effectuée par le Port de Québec quant à l’évaluation environnementale, tout en soulignant l’importance du projet sur le plan du développement économique :

Dans un contexte de vive compétition entre les ports de la côte Est américaine, le Port de Québec doit miser sur l’aménagement de nouvelles infrastructures afin de demeurer concurrentiel, de conserver ses trafics actuels et de générer de nouveaux revenus pour maintenir les infrastructures actuelles », peut-on y lire.

Le 3 février, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a abondé dans le même sens, soulignant lui aussi par communiqué l’importance économique du projet, « qui s’inscrit dans une démarche stratégique d’optimisation des pôles logistiques au Québec » :

Dans le contexte où le gouvernement est en train de mettre en place les outils pour orchestrer la transition énergétique du Québec et diminuer son empreinte carbone, le secteur du transport des marchandises, pilier de l’économie essentiel autant à la qualité de vie des citoyens qu’aux échanges commerciaux, doit aussi faire partie de la solution », déclarait ainsi Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du CPQ.

Puis, le 8 février, c’est une vingtaine d’acteurs incontournables du milieu des affaires et de l’innovation à Québec qui ont joint leur voix à celle de la SODES afin d’appuyer le projet dans une lettre ouverte.

Leur conclusion :

Nous croyons sincèrement que Québec, sans son port, ne serait pas Québec, et que le Port, sans Beauport 2020, ne sera plus, à court ou à moyen terme, un port viable. C’est pourquoi nous disons oui à Beauport 2020. »

Préoccupations éthiques et environnementales

En marge de l’appui unanime de la communauté d’affaires et des nombreux appuis politiques récoltés par l’Administration portuaire de Québec – tel que résumé à la mi-janvier dans Monlimoilou –, d’autres voix de la sphère politique s’élèvent en porte-à-faux, à l’instar de Démocratie Québec.

L’ancien député de Beauport-Limoilou pour le Nouveau parti démocratiqueRaymond Côté, se questionne ainsi dans une lettre ouverte sur le contexte lié à la réalisation de Beauport 2020 :

Durant mon mandat, mon équipe a trouvé pour près de 40 000 $ de dons au Parti conservateur du Canada faits par des dirigeants d’Arrimage Québec, du Groupe Océan et des représentants des utilisateurs au C.A. du Port de Québec de 2006 à 2015. […] Je me pose alors la question : quels buts poursuit le Port de Québec avec le projet Beauport 2020 ? »

Des préoccupations éthiques, donc, qui s’ajoutent aux inquiétudes environnementales soulignées par les citoyens.

Entre autres sorties, depuis quelques semaines déjà, une pétition circule afin de mettre de l’avant à nouveau les craintes de citoyens et citoyennes quant aux impacts de l’agrandissement sur les activités à la Baie de Beauport. Au moment d’écrire ces lignes, elle avait cumulé près de 1200 signatures.

Nous exigeons l’intervention immédiate de nos élus tant fédéraux que provinciaux pour représenter nos intérêts face à des fins corporatives privées pour que ce joyau de la capitale nationale soit préservé dans son entièreté dans l’intérêt de tous les citoyens et citoyennes de Québec, du Québec et du Canada », a ainsi écrit l’initiateur de la pétition, Pierre Jobidon.

Question des particules fines

L'entreprise Arrimage du St-Laurent, tenue responsable des taux élevés de nickel dans l'air des quartiers centraux, a confirmé samedi être à l'origine de ce nouvel épisode de poussière. La porte-parole, Johanne Lapointe, affirme qu'une microrafale a fait lever la poussière d'un amas de charbon vers 18h vendredi, juste avant les orages violents.La question des particules fines reste aussi bien présente dans le débat public.

Une sortie dans Le Devoir par le président-directeur général du Port de Québec, Mario Girard, aura d’ailleurs fait réagir plusieurs intervenants. Dans un article daté du 17 janvier, M. Girard soulignait que « tout ce qu’on dit sur la poussière dans Limoilou, c’est réglé », signalant ainsi le succès de mesures de mitigation mises en place à la suite des controverses des dernières années.

En réaction, plusieurs citoyens ont pris la parole, tant sur les médias sociaux que dans des lettres ouvertes. Par exemple, Isabelle Arsenau, dans Le Devoir, le 18 janvier :

S’il est pratique pour le Port de Québec et le maire de défendre le projet d’agrandissement sans tenir compte du problème actuel des poussières, parions que beaucoup de citoyennes et citoyens, dont je suis, ne voient pas les choses de la même manière… »

Ou encore Martial Van Neste, président du conseil de quartier Maizerets qui, lors d’une entrevue à l’émission On refait la Une le 2 février sur CKRL 89,1, estimait que la concentration de particules fines avait déjà atteint un seuil critique dans les quartiers à proximité des installations portuaires, et craignait ainsi que le projet d’agrandissement entraîne une augmentation au-delà de la norme canadienne actuellement en vigueur.

M. Van Neste a par ailleurs remis en doute le modèle de dispersion utilisé dans l’étude d’impact réalisée par l’Administration portuaire :

En mettant le point de référence à l’extrême [est du Port], ils font en sorte qu’ils peuvent prétendre que l’impact [environnemental] va être moins grand. Si ce point de référence était au centre, l’impact serait plus important », a-t-il argué.

Le dépôt de mémoires et d’avis se termine, tant pour les citoyens que pour les organisations, ce vendredi 10 février.

Écouter l’entrevue de Martial Van Neste accordée à CKRL.

À lire aussi : Beauport 2020 : appuis et critiques pour l’évaluation environnementale du Port de Québec

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