Dominic Champagne Publié le 8 décembre 2016 par | Mis à jour à 06:00

La fièvre des poutines

(Photo courtoisie : Jpatokal/wikivoyage)

(Photo courtoisie : Jpatokal/wikivoyage)

Ce jour-là, j’avais envie de manger de la poutine. J’avais même la fièvre d’en manger. Je n’ai pas pris de chance : j’ai fait le tour des hôpitaux du quartier. Comme ça, si mon appétit pour la poutine était le symptôme d’une maladie rare, je serais déjà sur place pour me faire soigner.

Saint-François d’Assise la salée

Vous pouvez vous rendre au sous-sol de l’hôpital Saint-François d’Assise et commander un délicieux panini à la cafétéria. Le choix est surprenant à La causerie, nom affable de l’endroit. On y retrouve plusieurs kiosques comme Le petit jardin, un bar à salades, ou La soupière, un bar à soupes. On y trouve aussi Le pause-café, mais pour ma part, je devais me rendre au kiosque Sur le pouce.

Est-ce que la poutine est un gros vendeur ? »  Réponse : « Oui, on en sort beaucoup ! »

poutine saint-françois d'assiseSalée comme la poutine du Dépanneur économique de Saint-Roch, la poutine de Saint-François d’Assise baigne dans une sauce qui semble toutefois moins grasse que sa rivale. Le fromage Kingsey, qui a été dégelé le matin même, fait presque skoui skoui, et cette fraîcheur approximative ne peut être que décevante. Les frites congelées doivent être achetées en gros et n’ont rien pour se distinguer, sauf le sel. Il faut tout changer !

saint-françois d'assiseLe chef vous propose est un autre kiosque que le personnel hospitalier aime fréquenter en raison des prix spéciaux pour des plats apétissants. Par exemple, pour  5,60 $ ce jour-là, on proposait du chili au bœuf et une barquette de fruits de mer.

 Stupeur à l’Enfant-Jésus !

Après quelques complications gastriques, direction l’hôpital de l’Enfant-Jésus. Dès mon arrivée, j’ai senti la présence de la sécurité au-dessus de mon épaule, qui suspectait mon sac à dos gris louche. On a dû me surveiller via les caméras dans les méandres des corridors presque monastiques de ce vieil établissement, pour se rendre compte que bizarrement, j’allais directement à la cafétéria. Je me serais suspecté moi-même…

Hôpital Enfant-JésusLa cafétéria est très lumineuse et au fond, il y a une magnifique œuvre en céramique qui donne un style années 1970. Mais horreur ! il n’y avait pas de poutine.

J’ai formulé une plainte orale remarquée ! Les responsables de la cafétéria (autour de moi) étaient abasourdis par mon discours ! Sur une table mobile, j’ai plaidé pour mon mets préféré avec véhémence, remontant jusqu’aux sources de notre plat national, de Warwick à Victoriaville !

Ça n’allait pas en rester là : j’ai appelé la responsable des communications. Elle m’a gentiment expliqué que le casse-croûte était en rénovation. Menotté, j’ai crié tout mon mécontentement en sortant de la cafétéria — « C’EST INACCEPTABLE ! » —, dans un écho retentissant, avant d’être escorté par la sécurité.

L’austère poutine de l’Institut universitaire en santé mentale (IUSMQ)

Je me retrouve au sous-sol de l’IUSMQ, dans une cafétéria moderne de style Bauhaus qui me laisse une bonne impression. L’heure du dîner est terminée, alors j’ai le comptoir pour moi tout seul.

Faites-vous de la poutine ici, mon brave ? » Réponse : « Bien sûr que nous faisons de la poutine ! » Son enthousiasme me réconforte.

Institut universitaire en santé mentale de QuébecAprès avoir pris mon verre d’eau sur un plateau collectif, je me dirige vers une table lumineuse pour photographier ma poutine à l’abri des regards. Tout ceci semble prometteur. On ne lésine pas sur les frites, la sauce est appétissante et charnue.

Mon rêve s’effondre  à la première bouchée. La sauce en poudre est infecte, les frites sont molles et ne goûtent rien. Le fromage me rappelle les pires cafétérias de polyvalente. Je me suis forcé pour prendre une quatrième bouchée. Lorsqu’on a mangé la poutine du casse-croûte du Vieux-Moulin ou de Labelle, on se sent démuni.

Santé à la poutine !

En bref, mon aventure dans les hôpitaux de Limoilou m’a permis de comprendre que la poutine est une option de dernier recours. On n’en livre d’ailleurs pas dans les chambres des malades. Elle est au menu surtout pour le personnel hospitalier — infirmiers, infirmières, médecins et autres professionnel(le)s de la santé ont droit eux aussi de manger de la poutine, même si ça paraît paradoxal.

Pour ma part, j’aimerais refaire une tournée pour approfondir les menus. Une suite ? Peut-être.

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