Jean Cazes Publié le 31 janvier 2015 par | Mis à jour à 06:30

Le Relais d’Espérance : 35 ans au bénéfice de la communauté

4e Avenue, quartier Limoilou

La grande salle du 2e étage. 27 novembre 2014.

Lieu d’animation très fréquenté quoique discrètement niché au coin de la 10e Rue et de la 4e Avenue, le Relais d’Espérance accueille et accompagne « toute personne vivant des difficultés de nature psychologique, sociale, physique ou économique ».

Monlimoilou.com discute avec Anne White, depuis cinq ans animatrice du café-rencontre et responsable de la distribution alimentaire de l’organisme à vocation régionale. La volubile intervenante psychosociale nous livre au passage quelques réflexions sur la pertinence de cette ressource communautaire dans un contexte, laisse-t-elle sous-entendre, d’appauvrissement croissant et… occulté.

Le café-rencontre : la porte d’entrée

4e Avenue, quartier LimoilouNous sommes une équipe de quatre employés qui s’entraident dans un cadre informel convenant à toute personne qui désire nous rencontrer », explique Anne White. « Ici, tout part de l’accueil inconditionnel, sans jugement ; les gens le sentent, disent que c’est chaleureux, et vont en général se livrer facilement même si des fois, ça prend quelques visites pour établir un climat de confiance… »

Œuvre d’une religieuse, le Relais d’Espérance voit le jour en 1980 sur la rue Montmartre, dans le quartier Saint-Sauveur. L’organisme s’installe au coeur du Vieux-Limoilou en 1997, année du premier café-rencontre, « notre activité centrale », raconte Anne :

4e Avenue, quartier LimoilouC’est la porte d’entrée à laquelle s’est ajoutée plus tard la distribution alimentaire. Imaginons une personne vivant un événement difficile qui change sa situation de vie. Au premier contact téléphonique – peut-être après une recherche de ressources d’aide au 211 -, on l’invite à venir au café-rencontre. On évaluera alors ce qui l’a poussée à venir ici tout en cernant ses difficultés afin de voir comment on pourra l’aider. Au Relais, le bouche-à-oreille fonctionne aussi très fort… »

En collaboration avec Moisson Québec, la distribution alimentaire rejoint la mission de départ de l’organisme : « Il faut d’abord combler nos besoins de base pour s’en sortir ! », martèle Annie. Elle souligne au passage l’implication d’usagers – comme pour d’autres activités du Relais d’ailleurs – dans ce service jugé essentiel pour trier puis partager les denrées :

Pour y avoir droit les jeudis, les personnes doivent participer au café-rencontre au moins pendant un mois, deux fois par semaine, pour qu’elles sortent de l’isolement et parlent de ce qu’elles vivent. Mais on respecte le rythme de tout un chacun, et en cas d’urgence, on peut évaluer d’autres ressources d’aide. Elles ont aussi des devoirs à faire, comme préparer une évaluation financière afin d’avoir leur juste part d’aliments… »

Entre autres services qu’offre en supplément le Relais d’Espérance à ceux et celles qui ont franchi l’étape du café-rencontre, l’intervenante cite les multiples ateliers de développement personnel et le comptoir vestimentaire :

Les ateliers sur l’estime de soi et la gestion de conflits, par exemple, se font en petits groupes dans un local isolé pour la confidentialité. Au besoin, on revient en individuel. Au comptoir vestimentaire, les gens ont droit à trois morceaux par semaine. Ces vêtements nous sont donnés, et une personne sur un programme de réinsertion de travail s’assure qu’ils sont propres… »

4e Avenue, quartier LimoilouLes postes d’ordinateurs s’ajoutent à la gamme des services, sans oublier le Vélo-Relais, qui a suscité un vif intérêt à son lancement en 2010, et dont la survie serait précaire « parce qu’il est dépendant des programmes gouvernementaux », déplore Anne :

C’est une activité appréciée, et gratuite pour toute la population ! Là aussi, ce sont des gens en employabilité qui remettent en forme les vélos, et comme au fil des ans il y a moins de programmes à attribuer… Mais bon, aux dernières nouvelles, on ressort le tout aussitôt que la neige fondra… »

Des besoins grandissants

Malgré un service grand public comme le Vélo-Relais, le Relais d’Espérance semble plutôt méconnu des Limoulois. « Pourtant, l’organisme rayonne bien en dehors du quartier », dit Anne White tout en dressant le portrait de sa clientèle :

On a des gens qui viennent de Beauport, de Charlesbourg… Je dirais qu’en moyenne, leur âge varie entre 40 et 60 ans. Il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes, peut-être parce qu’ils attendent plus longtemps pour demander de l’aide », observe-t-elle.

4e Avenue, quartier LimoilouL’intervenante estime qu’entre 80 et 120 personnes par jour fréquentent le Relais. Ce nombre augmente en général vers la fin du mois, créant « une situation à gérer avec de maigres ressources », déplore-t-elle :

En fait, nous recevons de nouvelles personnes pratiquement tous les jours. Comme les besoins grandissent, il a fallu réviser nos critères pour donner droit à la distribution alimentaire qu’on a dû réduire à une fois par mois par personne, surtout depuis que des paroisses de la Saint-Vincent de Paul ont fermé. Il faut savoir que c’est beaucoup la Saint-Vincent qui donne la nourriture dans les sous-sols des églises dont le rôle auprès de la communauté était majeur. Mais les églises ferment, les paroisses disparaissent… Tu n’es pas de la paroisse ? Tu n’auras pas de nourriture ! Ces endroits en moins apportent des débordements au Relais… »

Annie craint que la capacité d’accueil du Relais d’Espérance atteigne un point de saturation considérant le peu d’intervenants, même aidés de stagiaires. « En même temps, on ne veut pas refuser de gens. Sinon, ils vont aller où ? »

D’autres projets malgré un contexte difficile

En dépit de ressources limitées, de nouvelles activités sont en élaboration au Relais d’Espérance, le tout en association avec d’autres organismes tels que PECH ou Lauberivière. Le projet PAPPE et la clinique SPOT, notamment :

Un policier à la retraite, Gilles, rencontre des clients qui ont vécu des problèmes judiciaires dans le cadre de PAPPE. Même si c’est passé, ils en souffrent encore. On sait que les rapports entre policiers et personnes marginalisées sont souvent difficiles. Gilles est là pour briser les préjugés et aider les gens. Il est très apprécié ! »

Enfin, SPOT et son équipe d’approche globale vient tout juste de s’implanter au Relais, l’un des cinq points de rencontre en basse-ville desservant des personnes sans médecin de famille :

L’accueil chaleureux du café-rencontre était un critère de choix de SPOT. Ici, on peut rencontrer un infirmier, un psychologue, une nutritionniste… Cette activité suscite un gros engouement auprès de résidents en médecine. Ça cadre avec notre mission d’aider la personne dans toutes ses facettes, et l’équipe pourra sonder en même temps les besoins de notre clientèle. On voit donc l’importance du café-rencontre comme porte d’entrée au Relais d’Espérance ! », conclut Anne White.

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